De la brousse à l’école : le récit de changement de Soubadjo
De la brousse à l’école : le récit de changement de Soubadjo
En 2023, GCERF a lancé le projet PAISRSIP au Niger afin de soutenir la démobilisation et la réintégration des anciens membres de groupes armés non étatiques et de leurs familles. Mis en œuvre par un partenaire local, l’ONG Garkua, le projet combinait profilage et triage juridiques, prise en charge psychosociale, aide à la subsistance, réhabilitation civile et soutien à l’éducation des enfants dans l’optique de s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent.
En effet, les autorités nigériennes avaient lancé en 2021 un appel à la reddition générale des combattants des groupes armés non étatiques en échange d’une amnistie et d’un soutien à la réintégration socio-économique. À la suite de cet appel, GCERF et d’autres partenaires du Niger ont été invités par les autorités nationales à soutenir ce processus en finançant des initiatives et des projets prometteurs.
C’est ainsi que Hardo, un ancien combattant, s’est rendu aux autorités avec sa femme et ses deux enfants, dont Sourbadjo, alors âgée de cinq ans. Comme beaucoup d’autres repentis, il était initialement sceptique quant au programme de reddition. « Les autorités et les projets de développement prennent des engagements et font des promesses qu’ils ne tiennent jamais », a déclaré Hardo.
Grâce au projet PAISRSIP, Hardo a reçu une aide pour ouvrir une petite épicerie, ce qui lui a permis de se stabiliser et de subvenir aux besoins de sa famille. Dans le même temps, Sourbadjo, sa fille, a été inscrite dans une école primaire de Niamey et a reçu une trousse scolaire et une allocation mensuelle. La transition a toutefois été très difficile pour elle. « Sourbadjo ne retournait pas en classe après la récréation et s’isolait toujours », se souvient son enseignant. « Il était évident qu’elle avait du mal à s’intégrer. » Sourbadjo n’avait pas non plus de modèle scolaire à la maison ; ni son père ni sa mère n’avaient fait d’études. Son père, désormais occupé par son commerce d’épicerie, ne pouvait pas l’accompagner à l’école.
Conscient du risque de marginalisation, facteur connu de vulnérabilité à l’extrémisme violent, le projet a mis en place un système de cours de répétition à domicile et a sensibilisé les parents pour les encourager à s’impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants. Ce soutien personnalisé a fait la différence. « Sourbadjo est désormais plus motivée et mieux intégrée dans sa classe. Elle s’est faite de nouveaux amis ; elle sourit, chante et joue avec ses camarades », a déclaré son enseignante. Elle progresse désormais sur le plan scolaire et social. Son père, autrefois sceptique, est devenu un défenseur de la paix : « L’impact positif de ce projet sur ma famille, sur ma fille Sourbadjo et sur moi-même, m’a convaincu de m’impliquer plus activement dans la promotion de la paix et la lutte contre l’extrémisme. J’ai compris qu’il est possible de vivre sans peur ni incertitude. », a-t-il soutenu.
Le parcours de Sourbadjo montre que pour prévenir efficacement l’extrémisme violent, il ne suffit pas de se limiter aux activités de reddition des ex-combattants. En adaptant le soutien aux divers besoins des familles, qu’il s’agisse de moyens de subsistance, d’éducation ou d’inclusion sociale, le projet PAISRSIP a contribué à transformer la reddition en une réintégration durable et à redonner espoir.